Conjugaison · collège
Conditionnel
Le conditionnel est le mode de ce qui n'est pas encore réel : l'hypothèse, la politesse, l'information non confirmée. Sa formation est simple — c'est le radical du futur avec les terminaisons de l'imparfait — mais son emploi met en jeu une règle qui reste l'une des fautes les plus fréquentes du français écrit, y compris chez les adultes.
La formation : futur plus imparfait
Le conditionnel présent se construit à partir du radical du futur, auquel on ajoute les terminaisons de l'imparfait. Si le futur donne « je chanterai », le conditionnel donne « je chanterais ». Un seul s de différence, mais un mode entièrement différent.
Conséquence pratique : tous les verbes irréguliers au futur le sont aussi au conditionnel, et de la même manière. « J'irai » donne « j'irais », « je ferai » donne « je ferais », « je verrai » donne « je verrais ». Il n'y a donc aucune irrégularité nouvelle à apprendre — c'est le même stock de radicaux.
- Futur : je chanterai, tu chanteras, il chantera.
- Conditionnel : je chanterais, tu chanterais, il chanterait.
- Le piège : à la première personne, seul le s final distingue les deux formes, et il ne s'entend pas.
La règle du « si » : jamais de conditionnel après si
C'est la faute la plus répandue et la plus facile à corriger. Dans une phrase hypothétique, la proposition introduite par « si » ne prend jamais le conditionnel. On écrit « si j'avais le temps, je viendrais » — imparfait après si, conditionnel dans l'autre partie.
La formule mnémotechnique qui circule dans toutes les classes est brutale mais efficace : les si n'aiment pas les rais. Aucun verbe en -rais, -rait ou -raient ne peut suivre immédiatement un « si » hypothétique.
- Correct : si j'avais su, je serais venu.
- Incorrect : si j'aurais su, je serais venu.
- Correct : s'il faisait beau, nous sortirions.
- Incorrect : s'il ferait beau, nous sortirions.
Les trois emplois à reconnaître
Au-delà de l'hypothèse, le conditionnel a deux autres emplois que les élèves rencontrent constamment sans les identifier — et qui sont régulièrement demandés en évaluation.
Le premier est la politesse : « je voudrais un renseignement » est infiniment plus courtois que « je veux un renseignement ». Le second est l'information non confirmée, omniprésente dans la presse : « le suspect aurait pris la fuite » signale que le fait n'est pas établi. C'est un emploi particulièrement intéressant à travailler en éducation aux médias.
Questions fréquentes
Le conditionnel est-il un mode ou un temps ?
Les programmes actuels le classent comme un temps de l'indicatif, alors que la grammaire traditionnelle en faisait un mode à part entière. Cette évolution explique que parents et enfants n'aient pas toujours appris la même chose. En pratique, cela ne change rien à la conjugaison ni aux emplois.
Quand le conditionnel est-il au programme ?
Il est abordé en fin de cycle 3, généralement en 6ème, et approfondi au cycle 4 avec l'expression de l'hypothèse. La règle du « si » est travaillée et retravaillée jusqu'en 3ème, car elle résiste durablement.
Pourquoi dit-on « si j'avais su » et pas « si j'aurais su » ?
Parce que la proposition en « si » exprime la condition, pas le résultat. Le conditionnel est réservé au résultat. La condition se met à l'imparfait dans le présent hypothétique, au plus-que-parfait pour le passé. C'est une règle de répartition, pas une question de sens.
Comment corriger cette faute chez un adolescent ?
Par l'oreille plutôt que par la règle. Faites-lui lire à voix haute une dizaine de phrases correctes, en insistant sur l'enchaînement « si + imparfait ». La forme fautive finit par sonner faux, ce qui est beaucoup plus robuste en situation d'écriture qu'une règle qu'il faut se rappeler d'appliquer.