Philosophie · terminale
Theme de la nature en philo
Dire d'un comportement qu'il est naturel, c'est presque toujours le justifier. Le glissement est si rapide qu'on ne le voit pas : d'un constat sur ce qui est, on tire une conclusion sur ce qui doit être. C'est cette confusion que la notion de nature sert à défaire.
Le problème
Le mot nature désigne au moins trois choses : l'ensemble de ce qui existe sans intervention humaine, l'essence d'un être — sa nature propre —, et ce qui est inné par opposition à l'acquis.
Le glissement problématique se produit quand ces sens se mélangent. Constater qu'un comportement est répandu ne prouve pas qu'il soit inné ; qu'il soit inné ne prouve pas qu'il soit légitime.
Le problème central de la notion est donc là : la nature peut-elle servir de norme ? Si oui, à quel titre ? Si non, sur quoi fonder ce qui doit être ?
Les distinctions qui structurent le devoir
La première est le pivot du programme et sert dans presque tous les sujets.
- Nature et culture : ce qui est donné, et ce qui est transmis et varie d'une société à l'autre.
- Inné et acquis : présent à la naissance, ou construit par l'apprentissage — un partage rarement net.
- Fait et norme : ce qui est, et ce qui doit être. Passer du premier au second sans justification est un saut logique.
- Nature et artifice : ce qui pousse seul, et ce qui est produit — l'homme étant l'être qui brouille cette frontière.
- Universel et normal : ce qu'on trouve partout, et ce qu'on tient pour la règle.
Les repères d'auteurs
Pour Lévi-Strauss, le critère de partage est net : relève de la nature ce qui est universel, relève de la culture ce qui obéit à une règle et varie. La prohibition de l'inceste occupe une place singulière parce qu'elle est à la fois universelle et une règle — elle se tient exactement à la charnière.
Pour Rousseau, ce qui distingue l'homme n'est pas d'abord la raison mais la perfectibilité : la capacité de se transformer et de transformer ses conditions de vie, indéfiniment, pour le meilleur comme pour le pire.
Pour Aristote, la nature agit en vue d'une fin : chaque être tend vers l'accomplissement de ce qu'il est. Cette conception finaliste a été abandonnée par la science moderne, mais elle continue d'alimenter les raisonnements ordinaires sur ce qui est naturel.
Pour Descartes, la nature devient au contraire un mécanisme intelligible, que la connaissance des lois permet de maîtriser — l'homme se rendant, selon sa formule, comme maître et possesseur de la nature.
Les pièges de sujet
Le premier, et le plus grave, est le passage du fait à la norme. « C'est naturel, donc c'est bien » n'est pas un argument : il faudrait montrer pourquoi ce qui est donné devrait faire loi.
Le deuxième est de traiter la notion comme un sujet d'écologie et de rédiger un plaidoyer. La question environnementale peut nourrir le devoir, mais elle ne le remplace pas, et l'opinion n'y tient pas lieu d'analyse.
Le troisième est de figer l'opposition nature-culture comme si elle était tranchée. La difficulté est précisément qu'elle ne l'est pas : le langage, l'alimentation, la sexualité relèvent des deux à la fois.
Comment préparer cette notion
Le meilleur exercice est de prendre un comportement humain et de tenter d'en faire le partage. On constate vite qu'il résiste, et c'est le résultat recherché.
Premier cas : manger. Le besoin est naturel, mais aucune société ne mange n'importe quoi ni n'importe comment. Le naturel est ici entièrement repris par la culture.
Deuxième cas : un paysage agricole. On le décrit comme nature alors qu'il est le produit de siècles de travail. La nature dont nous parlons est déjà une nature transformée.
Troisième cas : le sentiment maternel. Le dire naturel, c'est le soustraire à l'examen ; l'histoire montre pourtant que ses formes et les attentes qui l'entourent ont varié.
Questions fréquentes
Quel est le critère de partage entre nature et culture ?
Pour Lévi-Strauss, l'universel relève de la nature, ce qui obéit à une règle et varie relève de la culture. La prohibition de l'inceste est le cas limite : universelle et pourtant règle.
Peut-on dire qu'un comportement est naturel donc légitime ?
Non sans argument supplémentaire. Passer de ce qui est à ce qui doit être est un saut logique. Beaucoup de justifications par la nature reposent sur ce glissement.
L'homme est-il un être naturel ou culturel ?
Les deux, et c'est ce qui rend la notion difficile. Ses besoins sont naturels, leur satisfaction est culturelle. Le partage ne passe pas entre les êtres mais à l'intérieur de chaque conduite.
Peut-on parler d'écologie dans ce sujet ?
Oui, comme matière d'analyse. Il faut éviter le plaidoyer : la question philosophique porte sur le statut de la nature et sur ce qui fonde nos obligations à son égard.