Philosophie · terminale
Theme de la science en philo
La science est la notion où l'on confond le plus facilement deux questions : comment la science procède-t-elle, et qu'est-ce qui lui donne autorité ? La première est une affaire de méthode, la seconde une affaire de philosophie — et c'est la seconde que le bac interroge.
Le problème
La science produit des énoncés que nous tenons pour solides, au point de leur confier notre santé et nos ponts. D'où vient cette confiance, alors que l'histoire des sciences est une suite de théories abandonnées ?
Deux réponses s'affrontent. Soit la science accumule des vérités et progresse vers un savoir définitif. Soit elle change de cadre à intervalles, et ce qui change n'est pas seulement le contenu mais la manière même de poser les questions.
Le problème philosophique n'est donc pas de savoir si la science a raison, mais de comprendre ce qui distingue un énoncé scientifique d'un autre, et à quelles conditions.
Les distinctions qui structurent le devoir
Elles sont ici particulièrement opératoires : chacune correspond à une opération réelle de la démarche scientifique.
- Expliquer et comprendre : établir des causes, ou saisir un sens. On explique une chute, on comprend un geste.
- Hypothèse, loi, théorie : une supposition à tester, une régularité constatée, un cadre qui les articule.
- Sciences formelles et sciences expérimentales : la démonstration, et la confrontation aux faits.
- Fait brut et fait scientifique : ce qu'on observe, et ce qu'on construit pour le rendre mesurable.
- Science et technique : chercher à savoir, et chercher à faire — deux finalités distinctes qui se sont rapprochées.
Les repères d'auteurs
Pour Bachelard, on ne connaît pas contre l'ignorance mais contre une connaissance antérieure. Les obstacles épistémologiques sont les évidences familières qu'il faut défaire pour penser scientifiquement — l'expérience première est le premier obstacle.
Pour Popper, une théorie ne se prouve jamais définitivement : elle résiste à des tentatives de réfutation. Ce qui distingue la science n'est donc pas d'être vérifiée mais d'être exposée au démenti.
Pour Kuhn, la science ne progresse pas seulement par accumulation : elle connaît des périodes de travail normal à l'intérieur d'un cadre admis, puis des changements de cadre où les questions elles-mêmes se reformulent.
Pour Comte, la connaissance passe par des états successifs, et l'état positif renonce à chercher les causes premières pour s'en tenir aux lois constatées. La science gagne en rigueur ce qu'elle abandonne en ambition métaphysique.
Les pièges de sujet
Le premier est de confondre science et technique, et de discuter des applications quand le sujet porte sur la connaissance. Une dissertation sur les dangers de la science dérive presque toujours vers la technique.
Le deuxième est de traiter « la science dit-elle la vérité ? » en énumérant des découvertes. Le sujet demande d'examiner le statut des énoncés scientifiques, pas d'en donner des exemples.
Le troisième est d'opposer science et croyance de façon trop simple. La démarche scientifique repose elle aussi sur des présupposés — que la nature est régulière, par exemple — qui ne se démontrent pas.
Comment préparer cette notion
Un exemple bien travaillé vaut mieux que dix évoqués. Le passage d'un système du monde à un autre, en astronomie, est le cas d'école : il montre qu'un changement de théorie n'est pas seulement l'ajout de faits nouveaux.
Un deuxième exemple utile porte sur les sciences humaines. Peut-on expliquer un comportement humain comme on explique une réaction chimique ? La question du partage entre expliquer et comprendre y devient concrète.
Un troisième, plus proche des élèves : la médecine fondée sur les preuves. Comment décide-t-on qu'un traitement marche ? La réponse mobilise à la fois l'hypothèse, le protocole et la réfutation.
Questions fréquentes
Quelle différence entre expliquer et comprendre ?
Expliquer, c'est rapporter un phénomène à ses causes ; comprendre, c'est en saisir le sens. On explique une chute par la gravitation, on comprend un geste par l'intention qu'il porte.
Qu'est-ce qu'un obstacle épistémologique ?
Chez Bachelard, une connaissance antérieure ou une évidence familière qui empêche de penser scientifiquement. La science se construit contre ces évidences, pas simplement contre l'ignorance.
La science peut-elle tout expliquer ?
C'est un sujet classique. Il suppose de distinguer ce qui relève de son objet — les phénomènes mesurables — de questions comme le sens ou la valeur, qui ne se posent pas dans les mêmes termes.
Une théorie scientifique peut-elle être définitivement prouvée ?
Pour Popper, non : elle résiste à des tentatives de réfutation sans jamais être établie une fois pour toutes. C'est précisément cette exposition au démenti qui la rend scientifique.